Quelques vers à songe ou l'heure equilibre

lunes ecarlates, nuits de granit

Recueil de l'après nous...




Corrida

 

Cela faisait longtemps qu’il n’y avait plus eu de corrida au pays. Lena venait de se réveiller. Le soleil dardait depuis longtemps ses rayons sur la campagne poussiéreuse. L’évaporation du peu d’eau que la terre contenait, formait un immense voile fluctuant où se mirait comme dans un lac doré, les collines voisines. Il y avait une atmosphère torride, là-bas, au-dessus des arènes.

Lena sentait que ce soir, il y aurait du sang sur le sable. Elle quitta la fenêtre de la chambre et ne pensa plus à cette impression de combat qu’elle avait eue en contemplant son village. Elle traîna tout le reste du jour une langueur indicible.

 

Dans une chambre de l’hacienda, Victor restait immobile dans son fauteuil de bois. Il dictait le battement de son cœur. Tôt le matin, il avait été voir les taureau x. Il en avait choisi un, le plus fougueux, le plus fier, celui qui avait soutenu son regard. Un courant étrange était passé entre l’animal et le matador. Victor sentit une douleur indicible à l’endroit du cœur. Il savait déjà que, ce soir, la bête et lui allait jouer, jouer jusqu’à la mort, jouer jusqu’à l’amour. Ce soir, il y aurait corrida dans l’arène. Lena viendrait. C’était ainsi ; tout son être le lui disait. Depuis, il se tenait immobile dans sa chambre, serrant entre ses mains une petite croix de jade. Il priait. Il avait besoin de pardon avant ce soir. C’était la vie, c’était sa vie. A cinq heures ce soir, il serait seul avec l’animal sur le sable. Il n’y aurait ni picador, ni peones. Il serait tout. Il accomplirait les tercios, seul. Cette corrida-ci serait la plus importante et la plus belle de sa vie. Les piques, les banderilles et l’épée pour l’estocade. Lena serait là. Cela seul comptait. Lui et Lena, Lena et la bête, lui et la bête. Les deux amours de sa vie ne faisaient plus qu’une seule et même image dans ses pensées. Il se leva et lentement s’habilla. C’était une partie du rituel. Le jeune torero se signa.

 

 

 

Au loin, le campanile sonna la demi heure avant las cinco de la tarde.
Lena était prête pour descendre au centre du village. Elle avait besoin de se changer les idées. Peut-être rencontrerait-elle Victor ! Elle portait une robe d’un rouge flamboyant. Un instant, elle pensa qu’elle aurait été une parfaite muleta. Elle nota un brouhaha inhabituel du côté de l’arène. Elle perçut aussi un paso doble. A las cinco de la tarde commencent toutes les corridas. Elle avait donc raison ce matin en se levant. Ce soir, le sable serait rouge, rouge comme la muleta, rouge comme sa robe, rouge comme le sang vierge. Sans hésiter, Lena se dirigea vers l’arène. Elle ne manquerait pour rien au monde cette corrida. Elle l’attendait depuis si longtemps. Victor serait là. C’était ainsi, c’était dans l’ordre des choses, ces choses que seules, les femmes savent. La jeune fille trembla un instant. Sans doute un coup de brise avait-il traversé la vallée. Elle rejoignit la place habituelle dans l’arène, sa place, la place réservée aux membres de sa famille. Lena regarda l’étendue d’or blanc.  Le taureau était là et l’homme aussi, face à lui, dans son habit de lumière.

 

 

La jeune femme eut l’impression que le temps se suspendait. Les deux protagonistes se regardaient, se tâtaient. Tous deux semblaient mener une étrange danse. Lena rougit. Pourquoi toute cette tendresse dans le bras du torero à chaque pique plantée sur l’échine du taureau ? Pourquoi la bête, de son œil sombre comme la nuit, fixait-elle sans haine, celui qui lui donnerait la mort ?

Les banderilles pendaient déjà le long des flancs de l’animal. Une dernière fois, le taureau et le matador se fixèrent dans les yeux. Ce moment portait tout le respect, tout l’amour, toute la mort du monde. Victor brandit l’épée et donna l’estocade. Lena ferma les yeux dans un soupir. Une petite croix de jade tomba dans le sable rouge ….

 

Arwen Gernak

Lumière

le 05/10/2006 à 12h49

Et voilà l'éclaircie
Sous les paupières closes,
La vérité des choses
Que l'oeil avait noircie.

 
Et voilà la clarté
Des ténèbres profondes,
L'incroyable faconde
Qui naît de l'aparté.

 
Si c’était l’abat-jour
Le soleil de nos jours
Serions-nous malheureux ?

 
Aux étoiles j’emprunte
La lumière défunte :
Plus rien n’est douloureux !


Arwen Gernak
Lunes écarlates, nuits de granit
Septembre 2006

suspension..

le 14/09/2006 à 09h11




Le soleil immobile attend

Les nuages galopants.

Une feuille se pose sur le sol.

Arwen Gernak
14-09-06

Lunes écarlates, nuits de granit

..........!

le 05/09/2006 à 19h26



Les arbres craquent au vent

Comme de vieux cadavres

Qu’auraient oubliés les vivants.

Un corbeau y trouve son havre.

 

05-09-06

Lunes écarlates, nuits de granit

La mort du jour

le 04/09/2006 à 15h32


La chute du jour.

C’est l’heure sanglante
Dans l’horizon en feu
Où les nues ardentes
S’en remettent à Dieu.

C’est l’heure où bascule
Le dernier rayon de soleil,
L’instant où tout recule
Face au soir qui s’éveille.

C’est l’heure souffrante
Du jour qui se meurt,
Ouvrant une poitrine béante
D’où surgit un autre cœur.

C’est l’heure scintillante
Hors du brasier du jour.
L’heure palpitante
Où brûlent nos amours.

C’est l’heure presque innocente
Où l’homme tombe à genoux.
Cette heure qui arpente
Le royaume des fous.

Et je suis là, haletante,
A la regarder poindre
Et s’avancer triomphante,
Cette heure que la nuit va étreindre.


Margod
3001-09-06
Lunes écarlates, nuits de granit

©2006 - Bloxode.com est un service gratuit de Lexode.com - Prévenir d'un abus - Conditions d'utilisation