Quelques vers à songe ou l'heure equilibre

nul ecrit vain

Lettre d'adieu

le 23/03/2007 à 16h13




Nous vivions non loin de ce lieu. La beauté d'un pays ne peut combler la mort d'un amour. On quitte même les lieux paradisiaques.

Monsieur,

Il y a longtemps, trop longtemps sans doute que je voulais vous parler de vous et  moi, Monsieur. Vous souvenez-vous de cet automne où nous nous sommes rencontré, où vous m’avez enchanté par vos mensonges ? Que vous étiez beau dans votre chevelure bouclée, que vous parliez bien de ce que vous n’étiez pas. Combien un être sous le charme de l’amour peut ne rien suspecter de l’objet de son coup de foudre. Tout semblait vrai, juste, réel et sans possibilité de doutes : l’habit savamment choisi, taillé pour votre profil. Et il vous allait comme un gant, il vous flattait outre mesure. Moi je vous écoutais, je buvais vos paroles, je me noyais dans vos prunelles vertes. Moi je vous croyais, je vous adorais déjà, je me laissais emporter dans ce poème que vous me chantiez.

Cet épisode de ma vie, j’aimerais le gommer lentement du dernier trait au premier, remontant tout le courant de cet amour qui m’a laissé sur le pavé rugueux de la réalité. Genoux écorchés et cœur en lambeaux, j’avais choisi de mourir pour vous et de vous, Monsieur. Comme les vestales se sacrifient à l’autel de leur dieu, je vous étais fidèle. Vos promesses étaient les bases de mon temple, vos mots d’amour, tels caryatides se dressaient jusqu’au fronton où trônait votre effigie.

Votre statue sur un piédestal  gigantesque était le centre de ma dévotion : chaque jour je veillais à ce que vous ne manquiez de rien, que vous fussiez fleuri et quand vous vous lassiez de moi je vous préparais une couche dorée au parfum de jeune fille que vous privilégiiez tant. Je vous cherchais les plus belles pour que vous me gardiez, je vous passais le moindre caprice, je vous adorais comme l’on vénère les faux dieux. En échange, Monsieur, vous me disiez ces mots éternels, ces mots qu’on aime entendre. Et vous étiez mon mentor et j’étais votre égérie. Vous m’avez menée dans les maisons aux noms fameux. J’étais comme on le dit aujourd’hui ‘overbookée ‘. Je le suis restée depuis, même sans vous : vous vous serviez de moi et non l’inverse comme il vous plaisait de me le rappeler. Pourtant vous m’avez  prise à votre bras et je vous ai dit ‘oui’ devant cet autel blanc dans une cathédrale italienne. Je vous appartenais, j’étais entièrement vôtre jusqu’à ce que tout s’écroule pour moi comme pour vous.

Car en tombant, je vous ai entraîné dans ma chute. Cette dégringolade, tuant cet amour que je vous avais donné, cet amour sans limite, vous étonna au plus haut point. Comment un animal si bien dressé pouvait-il se retourner contre son maître ? Plus terrifiant encore quand le maître aime d’amour à son tour mais trop tard. En m’aimant mal vous m’avez perdue Monsieur.

Comme par accident -  car pour vous il ne fut même pas question de vous remettre en question -  un jour, je me suis vue triste, sans plus de joie pour ce que vous chantiez, votre présence me pesait plus que vos absences. Même les saveurs de votre beau pays n’arrivaient plus à m’enchanter, même les vacances dorées que vous m’offriez n’avaient plus de charme et votre présence me dérangeait. Je ne cherchais plus que la compagnie de vos amis : la maison était en fête tous les jours. Pendant six mois, de réception en réception, j’ai fui l’évidence que ni vous ni moi n’aurions envisagé : je ne vous aimais plus. Aussi simple que cela !

Je suis partie un jour de septembre : un vol aller simple pour Bruxelles. Mes parents ont ramassé une ombre dans un aéroport. Avec patience et amour, ils ont initié le travail de reconstruction de leur petite fille ; la belle enfant devait à nouveau se tenir debout et non allongée comme une morte.  

Depuis je vous oublie Monsieur, même lorsque vous me téléphonez et me rechantez ces paroles maudites. Depuis Monsieur, je suis fragile certes mais debout. Je construis une maison et non plus un temple. Et puis Monsieur, j’aime à nouveau mais autrement, j’aime d’une mesure démesurée, d’un amour qui s’ouvre sur la vie. Je donne encore des réceptions Monsieur mais je suis surtout invitée…. Et surtout Monsieur, je suis heureuse, je suis vivante, je suis moi et je m’aime pour pouvoir aimer.

Alors finalement Monsieur, je vous dis merci pour cette blessure qui m’a rendue à la liberté !

Arwenment vôtre !     


Nul écrit vain 2005




Derrière le gris, il y a des cœurs.



Toutes les maisons se ressemblent
Dans vos quartiers, vos ghettos.
Pourtant si l’on veut se lever tôt,
On entend encore vos rêves qui tremblent
Dans le matin qui lui déjà se lève.
Quand la grisaille des jardins de béton
Résonnent de vos désirs de grève,
Les bien-pensants imaginent un peloton
Qui ne leur laissera aucune trêve.

Moi je vois, dans vos yeux noirs
Briller mille histoires, mille romans :
Pas de couleur, pas de race pour l’espoir.
Mais les bourgeois vous disent déments,
Les politiciens vous craignent, votes de demain,
Les forces armées suivent les ordres :
Si jamais à cause de vous, il y avait pétrin
Ils tireront, iront jusqu’à vous tordre.
Pourtant comme la nôtre votre jeunesse sera brève.

Vos filles sont belles, leur peau d’ambre
Sont comme une plage dans le ciment
Et leurs larmes au fond d’une chambre
Sont pour les mêmes peines, les mêmes tourments.
Vos fils sous des allures de baroudeurs
Portant l’uniforme de leur identité
Ont comme tous, les mêmes ardeurs :
Offrir à une femme, un brin d’éternité.
L’amour de banlieue vaut celui des palais.

Voyez-vous une autre solution pour dire
Que vous aussi vous aimer, vous souffrez ?
Qu’il est difficile dans la cité de bien grandir
De ne jamais recevoir ce que vous offrez.
Comme il serait tentant de vous gazer !
Un nouveau génocide plus pernicieux,
En vous cantonnant en H.L.M., a déjà lieu.
Il ne reste plus qu’à les augmenter ou les raser…
A quand les extrémistes avec leur coup de balai ?
Alors vous casser, parfois vous violer.
Mais qui vous a appris ces gestes ignorés ?
Un écran national, des chaînes bien rémunérées
Qui se feront une joie et un portefeuille à le raconter.
Finalement vous êtes une bonne affaire
Pour des députés en mal de voix
Ils vous aideraient même à déclarer la guerre
Si la présidence était la récompense du combat.
Moi je vous aime, enfants des faubourgs.

Votre visage ressemble tant à l’amour……..

Arwen Gernak
21-05-05
T.D. 2005 SOGEN


Envie estivale.

le 21/05/2006 à 16h52



Envie estivale.

Un grain cabochard débonde de mon ciel :
Les fenêtres de la maison s’assombrissent
Pendant que les heures artificielles
De leur pas cadencé, sur le jour glissent

Le moi des roses, mai des Madones
Se fane déjà sous l’ingrat climat.
Printemps aux allures d’automne
N’a pu ses tendresses, n’a donné que frimas.

Et j’attends, recroquevillée et frileuse,
Les rayons chers à mon coeur, la chaude caresse
Dont ma peau depuis toujours est amoureuse.
Bel été, je trépigne pendant que tu paresses.

Arwen Gernak
20-05-05
T.D. 2005 SOGEN


Je n’aime plus les soirs de pluie.


A Cédric D. et ses amis, à Cédric et sa famille,
En ce jour lourd de peine où pourtant le soleil brille
J’essaie d’ébaucher un sourire mais ne peux point.
Je laisse donc à nos cœurs un temps pour le chagrin…


Je n’aime pas ces routes fleuries,
Bouquet de vos tendres rêves interrompus.
Je n’aime pas non plus ces soirs de pluie
Qui savent jouer un scénario inattendu.
Je n’aime pas ces arbres fièrement dressés
Tels les croix, cimetières improvisés,
Pour des vies fraîches et trop vite achevées.
Vous me semblez des esquisses de toiles
Où le peintre n’aurait dessiné que les étoiles
Oubliant que le ciel abrite aussi le soleil
Et non des natures mortes aux lèvres vermeilles.
Et vos prénoms, écho dans ma mémoire
Composent un hymne si proche du désespoir
Que j’aimerais, en un coup de baguette magique,
Changé le cours de votre destin tragique.
Mais je ne suis ni mage ni devin
Je ne peux que graver votre nom au creux de mes mains,
Si pauvre, inutile et trop impuissant écrin.
Alors qu’il suffisait peut-être de presque rien…

Arwen Gernak
12-05-05

Je vous laisse ces lignes, faites-en ce que bon vous semble !
Je ne trouve ni les mots justes ni les réponses
Mais je cherche dans vos pleurs et vos voix qui tremblent
Un brin d’espoir qui limerait la piqûre de cette ronce.
Je tire force de vos visages si graves ce matin
Et puise dans votre incroyable humanité, si précieux bien.
Le temps en gentilhomme pansera la plaie béante
Et de Cédric nous garderons un sourire, en version géante.


Prière pour vous, pour moi, pour nous.

Je titube parmi vos visages inanimés
Et mon cœur voudrait joncher à vos côtés
Pourtant il faut avancer, je dois continuer
Vous aviez tant de serments inachevés.
Pardon pour ce que je n’aurai pas fait
Et mon heure venue, surtout les bras tendez.

Arwen Gernak
11-05-05
T.D. 2005 SOGEN

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