
Anciens parfums, subtils embruns
Du fond de tes marines
S’évanouissent les vieux parfums.
Restent de subtils embruns
Ou des brumes trop fines.
Parfois, il arrive que je devine
Un souvenir, un presque rien
Tellement puissant, tellement divin
Que la toile à nouveau s’illumine.
Caressant d’une main malhabile
La trame du temps qui était nôtre
Avec les héliotropes et puis l’épeautre
Voilà le bonheur à nouveau qui défile.
Sur les contours escarpés de cette île
Où l’on n’a jamais vu de bons apôtres
Ni récité ni même entendu de patenôtre
Je viens en rôdeur, élire domicile.
Ne m’en veux point de m’incruster
Mais j’aime les vieux tableaux
Ils sont comme des milliers d’hublots
Qui m’encouragent à accoster.
J’y dresserai un peu mes quartiers ;
Je m’habillerai en matelot
Pour voir le rhum couler à flot
Puis, en silence, je m’en repartirai.
Du fond de tes marines
S’évaporent d’anciens parfums.
Restent de subtils embruns
Qui envahissent ma poitrine.
Malgré les brumes, je devine
Des pays, des rivages divins,
Des je ne sais quoi, des presque rien ;
Je redécouvre des aigues-marines.
Arwen Gernak
Le chemin des lunes bleues
18-12-06

Elle a juste vingt ans la demoiselle
Qui vit dans la maison biscornue
Vous voyez là, juste au coin, celle
Qui se lézarde sous les nues.
Toujours seule au petit matin
Elle descend les pavés suants
Sans jamais regarder les trains
Qui sifflent fort en passant.
Le front plissé, les cheveux défaits
Elle marche le long des murs verdis
Par les pluies acides d’à côté.
Elle tousse dans ses paumes meurtries.
Son manteau usé par les mites
Montre une robe de laine bleue
Que la misère ronge et effrite
Autant que le temps vous rend vieux.
A-t-elle jamais souris cette fille
Qui à vingt ans, en paraît trente.
Elle ignore le soleil qui brille,
Les parfums et les rues élégantes.
Elle ne connaît que les pavés gris
Où jamais personne ne la salue.
Ce n’est pas qu’elle l’ait ainsi voulu !
Ce n’est rien que la faute à la vie.
Arwen Gernak
Le chemin des lunes bleues
16*12*06

Ce sera bientôt l’heure
Des âmes errantes
Ces heures angoissantes
Où même les chats se terrent
Pour ne pas sursauter de peur
En croisant un passant de misère.
Ce sera bientôt l’heure
De ceux-là qui n’ont plus
Ni terre ni mer ni ciel
Et qui marchent fourbus
En quête d’une ultime demeure
Où attendraient leurs ailes.
Ce sera bientôt l’heure
Où les honnêtes gens
S’enfouissent sous leurs draps
Y cachant de leur vie la froideur.
Doucement les aiguilles au cadran
Approchent l’heure qu’ils n’entendront pas.
Ce sera bientôt l’heure
Celle que j’attends et que j’aime
Où les ombres fuient la lumière.
Cette heure qui rend les chairs blêmes
Et les âmes glacées de terreur.
Voici l’heure des grands mystères.
Arwen Gernak
Le chemin des lunes bleues
13*12*06
Quand les initiales si chères de ton nom
Furent mises en croix par mes aveuglements,
Ton amour franc et tenace, comme un clairon
Sonna sans cesse jusqu’à percer mon néant.
L’amour patient jamais ne perd la face :
Vient toujours l’heure où sa victoire
Eclate comme les couches de glaces
Des étangs emprisonnés par les blizzards.
Les crucifix sont grands palais de charité ;
Qui les érige, finit par s’y agenouiller.
Aujourd’hui, sur mes joues mouillées
Des roses de baiser fleurissent en Ave.
Aux margelles bleues de mes toutes jeunes nuits
Tu veilles encore, comme ces anges silencieux
Que, si souvent, par sottise, le monde oublie.
J’ose, au sortir du désert, ouvrir les yeux.
Arwen Gernak
Le chemin des lunes bleues
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